Les communes ne sont responsables que de la collecte et du traitement des seuls déchets ménagers produits par leurs citoyens.
Aussi, leur faire
payer des installations de traitement surdimensionnées et sophistiquées,
au motif qu’elles traitent également les déchets banals de
l’industrie et du grand commerce, est une injustice sociale qui influe
lourdement sur le choix des techniques, mais aussi augmente considérablement
la charge contributive desdits citoyens.
Les industriels,
artisans et commerçants, généralement exonérés
de la taxe d’enlèvement des OM, bénéficient ainsi
d’un traitement à bon compte de leurs déchets. Pourtant la
loi est claire : les pollueurs doivent payer l’enlèvement et le
traitement de leurs déchets en proportion de la quantité
et du caractère polluant desdits déchets.
L’objectif du présent document est de présenter des solutions alternatives visant à préserver l’environnement et à minimiser les coûts de la collecte et du traitement des déchets réellement produits par les ménages. Il ne traitera que de ce qui relève des seuls déchets réellement produits par les ménages. Les autres producteurs doivent assumer les coûts inhérents à la collecte et au traitement de leurs propres déchets, dans des filières appropriées à la nature de leurs déchets, lesdites filières étant à réaliser à l’initiative des départements ou des régions.
Les produits toxiques par nature (piles électriques, batteries, restes de peintures, produits de nettoyage, médicaments inutilisés, insecticides, etc.), regroupés sous le sigle DTQD (déchets toxiques en quantités dispersées), sont supposés être collectés en dehors des déchets domestiques.
Caractérisation des déchets ménagers
Selon des études récentes publiées dans le Guide pratique des déchets 2002, ouvrage réalisé conjointement par l’ADEME, la DRIRE, l’Agence de l’eau, la CCI, l’AME et la Région Languedoc-Roussillon ;
Les déchets des ménages se répartiraient ainsi :
·
Métaux : 4 % ;
·
Papiers-cartons : 16 % ;
·
Textiles et encombrants divers : 27 % ;
·
Matières fermentescibles : 29 % ;
·
Plastiques : 11 % ;
·
Verre 13 %.
Cette répartition du contenu des OM ne précise ni la teneur en eau ni sa répartition entre les différents constituants. Pourtant, les spécialistes s’accordent pour reconnaître que l’humidité moyenne des OM, collectées en vrac, varie de 30 à 40 %, avec des valeurs extrêmes de 25 à 60 %, selon les saisons (chiffres relevés dans l’aide-mémoire du thermicien).
Bien entendu, certains
composants des déchets, tels les verres, les métaux, les
plastiques et les encombrants, qui ne sont pas (ou très peu) spongieux
ou hygroscopiques, ne peuvent contenir d’eau.
Nous pouvons dire
également que l’estimation des tonnages produits est peu rigoureuse,
attendu qu’une grande partie des déchets ne fait pas l’objet de
pesées. Il s’agit de simples estimations, plus ou moins précises,
établies sur la base de facturations émanant de prestataires
de services bien connus pour ne pas pratiquer la transparence en guise
de principale vertu.
Certaines estimations
sont manifestement erronées, tellement elles sont éloignées
des chiffres officiels de la production moyenne de déchets sur le
territoire Français.
Origine de l’humidité
L’humidité
de la poubelle domestique provient, pour l’essentiel, de sa fraction fermentescible.
Il est très facile, pour toute ménagère avisée,
de le vérifier journellement, quand elle met ses déchets
dans sa poubelle de cuisine.
|
|
Cette fraction fermentescible,
constituée principalement des épluchures de fruits et de
légumes, des marcs de café et de thé, des restes de
denrées alimentaires, des textiles naturels (coton, laine, lin,
etc.) et des tontes de gazon et élagages de jardins, renferme donc,
à très peu près, toute l’humidité de la poubelle.
On peut ainsi dire que la masse réelle de cette fraction fermentescible
représente, en moyenne et avant mélange, 53 % de la masse
totale des déchets, avec des extrêmes de 47 à 71 %.
Or, comptabiliser
de l’eau, qui n’est pas un déchet mais un élément
naturel qui s’évapore et qui ne brûle pas, est un constat
particulièrement surprenant, quand on sait qu’il résulte
des cogitations collectives d’un aréopage de spécialistes
apparemment très éminents, la teneur totale en eau étant
variable en fonction des fréquences de collecte et des saisons (une
partie de l’eau contenue peut d’autant plus s’évaporer que les collectes
sont plus espacées).
Autrement dit, si
on sépare la fraction fermentescible du reste des déchets
ménagers, au fur et à mesure de sa production dans le foyer
domestique, c’est une masse moyenne d’au moins 53 %, qui se trouve ainsi
séparée de la production totale des déchets ménagers.
Au surplus, la totalité de l’humidité de la poubelle se trouve
confinée dans cette fraction. Le reste, pratiquement sec, devient
ainsi plus aisément valorisable.
On comprend donc
l’absolue priorité qui commande de mettre en place, avant toute
autre chose, la collecte en porte-à-porte de la fraction fermentescible
des déchets ménagers. C’est cette fraction fermentescible
humide, intrinsèquement non toxique, qui rend toxiques les autres
déchets en les attaquant par ses jus acides de fermentation. Notamment,
les métaux attaqués généreront des sels de
métaux lourds, plus ou moins solubles, qui vont venir en retour
polluer la fraction fermentescible.
En vertu de ce qui précède, on peut tenter de rétablir la répartition moyenne des constituants, avant mélange, comme suit :
· ·
Métaux : 4 % ;
· ·
Papiers-Cartons : 10,4 % ;
· ·
Textiles et encombrants divers : 7,75 % ;
· ·
Matières fermentescibles : 53,85 % (dont 42,5 % d’humidité)
;
· ·
Plastiques : 11 % ;
· ·
Verre : 13 %.
Le calcul du pourcentage réel de la fraction des « textiles et encombrants », (curieusement regroupés par les éminents spécialistes cités plus haut, alors qu’il est bien connu que lesdits constituants ne font jamais l’objet d’une collecte commune), est critiquable et sans doute erroné, compte tenu que la quantité initiale de textiles n’est pas précisée.
Attendu que les papiers
et les cartons sont également fermentescibles et qu’il est bien
connu que leur recyclage coûte très cher aux contribuables,
il vaudrait mieux, au plan économique, collecter ceux-ci avec la
fraction fermentescible humide. L’apport du carbone de cette fraction pour
un traitement en compostage ou en méthanisation est bénéfique,
comme le savent bien les spécialistes de ces modes de traitement.
Il faut savoir que
leur recyclage en papeterie ne pourra jamais s’effectuer à 100 %.
Chaque nouveau malaxage provoque une détérioration des fibres,
rendant de plus en plus fragiles les productions papetières à
base de produits recyclés.
Dans cette hypothèse,
la fraction fermentescible monte à 64,25 %. Il ne resterait plus
que 35,75 % de nos déchets à traiter ou à enfouir.
Le traitement de
la fraction fermentescible, en compostage ou en méthanisation, sera
sensiblement moins onéreux que son traitement en incinération
et ne générera pas les nuisances avérées de
cette technique qui devrait disparaître en vertu du principe légal
de précaution.
À propos d’incinération, il est bon de préciser ici qu’il y a tricherie sur la quantité réelle des déchets incinérés. En effet, les déchets sont pesés sur un pont-bascule à l’entrée du site d’incinération, puis ils sont déversés dans la fosse de réception qui, généralement, représente 8 à 12 jours de réserve. Durant la période d’attente en fosse, avant d’être enfournés, les déchets y sont énergiquement brassés par les exploitants. Autrement dit, cette fosse à déchets surdimensionnée sert d’unité de compostage pouvant évaporer de 15 à 30 % de la masse des déchets sous forme d’eau et de CO2. La masse effectivement incinérée en est réduite d’autant.
Collecte de la fraction fermentescible en porte-à-porte
Les grands producteurs
de bacs de collecte ont mis au point des bacs spécifiques pour la
collecte en porte-à-porte de la fraction fermentescible. Il s’agit
de bacs dotés d’une grille horizontale disposée à
15 cm du fond. Des bouches d’aération, dotées de grillages
fins (pour éviter l’intrusion des insectes), sont disposées
dans les parois verticales du bac, en dessous de la grille horizontale.
Des ailettes verticales, solidaires de la face interne des parois, permettent
à l’air atmosphérique de contourner la masse des déchets
qui s’accumule sur la grille horizontale articulée, de façon
à basculer lors des opérations de vidage du bac, pour évacuer
les déchets fins qui seraient passés au travers de ses mailles.
Le couvercle du bac est doté de bouches d’aération identiques
à celles qui sont disposées en dessous de la grille horizontale,
de façon à permettre l’évacuation des gaz générés
par la fermentation aérobie des déchets contenus.
Nota : la fermentation
aérobie, quand elle est bien ventilée, ne génère
aucune mauvaise odeur.
Fonctionnement du bac à fermentescibles
Les déchets
fermentescibles, très humides, sont jetés journellement dans
le bac de collecte. Un premier dépôt, sur la grille du fond
du bac, commence à fermenter. La fermentation aérobie, exothermique,
provoque l’évaporation partielle de l’excès d’humidité
et la diminution de la masse et du volume du fermentescible, accompagnée
par une diminution de la granulométrie. Il s’ensuit une diminution
de la perméabilité à l’air atmosphérique de
ce premier dépôt au fond du bac. Un second dépôt,
jeté au-dessus du premier, sera néanmoins ventilé
par l’air atmosphérique qui contourne la masse du premier dépôt,
grâce aux ailettes des parois latérales. Le second dépôt
pourra donc fermenter en aérobiose, et ainsi de suite pour les dépôts
suivants. Autrement dit, ce bac à fermentescible a un fonctionnement
proche de celui des composteurs individuels et il réduit considérablement
l’humidité, le volume et la masse des déchets à collecter.
Des mesures effectuées
sur ce type de bacs, utilisés à grande échelle dans
des « Lands » allemands, prouvent que la diminution de la masse
du déchet fermentescible collecté peut atteindre 30 à
40 %, selon les saisons. Ces bacs ne sont collectés que tous les
10 à 15 jours, compte tenu de la diminution de volume du fermentescible.
Le coût de la collecte s’en trouve diminué.
Principes, performances et coût du compostage
Le compostage industriel
peut présenter plusieurs degrés d’automatisation.
La solution la plus
simple consiste à disposer d’une aire importante, revêtue
d’une couche de roulement imperméable (bitume ou béton),
où des engins lourds peuvent circuler. Cette aire peut être
couverte par une toiture destinée à la protéger des
intempéries. L’aire doit être réalisée en forme
de pente, avec des caniveaux de collecte des lixiviats. Un système
de recirculation des lixiviats y est prévu.
Les déchets,
provenant de la collecte spécifique du fermentescible, sont disposés
en « andains » d’une section triangulaire isocèle d’environ
3,5 mètres de haut et de 7 mètres de large. Ces dimensions
importantes font que le volume de l’andain (fonction cubique des dimensions)
est prépondérant par rapport à sa surface extérieure
(fonction carrée des dimensions), ce qui est favorable à
la montée en température du centre de l’andain. En effet,
il est bien connu que l’énergie calorifique, générée
par la fermentation exothermique, est proportionnelle au volume en fermentation,
alors que son refroidissement est proportionnel à sa surface extérieure.
C’est la raison pour laquelle les composteurs individuels font un compost
de médiocre qualité, le faible volume contenu ne permettant
pas d’atteindre une température interne suffisante pour détruire
les germes pathogènes et stériliser les graines de plantes
indésirables.
Les andains sont
disposés les uns à côté des autres, des machines
spéciales les retournant régulièrement pour les aérer
en les déplaçant. Lors de la formation du premier andain
avec du fermentescible frais, donc humide et peu perméable à
l’air, des déchets ligneux spécialement préparés
par broyage-défibrage d’élagages forestiers sont mélangés
au fermentescible pour l’enrichir en carbone tout en aérant le tas.
Les andains sont
déplacés par les engins de retournement, au fur et à
mesure que la fermentation aérobie se développe. Le pas d’avancement
des andains, dû au retournement, est de l’ordre de 10 mètres
tous les 15 à 20 jours. Les andains sont criblés régulièrement
au cours de leur maturation et les ligneux, non complètement fermentés,
sont recyclés vers les tas précédents. En fin de fermentation,
un dernier criblage permet d’obtenir un compost fin et d’excellente qualité.
La conception des machines de retournement fait qu’en fin de fermentation,
la totalité du contenu d’un andain passe régulièrement
de la surface extérieure vers le centre du tas. Cette particularité
fait que le compost achevé se trouve pasteurisé, car tous
ses constituants sont passés plusieurs fois par le centre du tas,
où la température peut atteindre 65 à 75° C, ce
qui détruit les germes pathogènes et les graines des plantes
parasites.
En général,
le compost ainsi élaboré, nécessite de quatre à
six mois de temps de séjour sur l’aire de traitement.
L’avantage de cette
solution est son faible coût d’investissement et sa création
importante d’emplois.
Son inconvénient
principal est la grande surface requise pour disposer les andains. Il arrive
également que des odeurs, parfois désagréables, se
dégagent lors du retournement des tas, surtout si on espace trop
ces opérations, par soucis d’économie (usure des machines
et coût des carburants). En effet, un andain en fermentation se compacte
sous son propre poids, par la diminution de la granulométrie des
constituants. Il s’ensuit une réduction de la perméabilité
à l’air atmosphérique. La fermentation peut donc s’effectuer
partiellement en anaérobiose avec dégagement d’hydrogène
sulfuré (gaz très malodorant à des doses infimes)
et de méthane.
Le rendement en compost est de l’ordre de 27 % de la masse entrante humide. Le prix de traitement de la tonne entrante est de l’ordre de 42 Euros. Le prix de vente du compost est pour le moment très bas. Toutefois, s’agissant d’un compost de qualité on peut espérer une remontée du prix de vente en fonction de la demande. Celle-ci pourrait s’emballer à cause des restrictions d’utilisation des engrais chimiques dont les méfaits sur les nappes phréatiques commencent à poser problème. Le compost, riche en humus, peut permettre de diminuer très sensiblement la quantité d’engrais chimiques à utiliser en évitant sa lixiviation rapide vers les nappes d’eaux souterraines qui seront ainsi préservées.
Il existe des unités industrielles de compostage de déchets fermentescibles qui sont entièrement automatisées. Elles sont généralement réalisées dans un bâtiment étanche, ventilé et insonorisé. Le principe de base reste le même que celui évoqué ci-avant, mais le retournement des tas et leur progression à l’intérieur du bâtiment est automatisé par une machine au fonctionnement programmé. Cette machine utilise le principe de la « roue-pelle », bien connu pour l’extraction et la manutention des produits pondéreux dans les installations minières à ciel ouvert.
De l’air atmosphérique, prélevé hors du bâtiment, est insufflé sous la masse des déchets en fermentation et le taux d’humidité idéal est maintenu par pulvérisation d’eau. De plus, le rejet de l’air vicié à l’atmosphère s’effectue au travers d’un filtre « biologique », constitué d’un lit d’écorces de résineux, arrosé par un brouillard d’eau. Aucune odeur désagréable n’est perceptible à l’extérieure de l’unité. Le lit d’écorce doit être complété régulièrement car il se consomme en fonctionnant.
La qualité du compost sortant de cette unité est comparable à celle du compost fabriqué en plein air. Le rendement en compost reste le même, mais le coût de la tonne traitée est plus élevé : environ 55 Euros la tonne. L’automatisation poussée de ce type d’usine fait qu’un plus faible nombre d’emplois est créé. Le choix de ce type d’usine est souvent motivé par l’insuffisance en surface des terrains disponibles. En effet, à capacité égale, la surface requise est nettement inférieure (de l’ordre du tiers). Le temps de séjour du compost dans l’unité est de deux mois.
Les refus de ces
unités industrielles dépendent de la qualité du fermentescible
à traiter, donc de la qualité du tri initial fait par les
particuliers. Ces refus peuvent être estimés entre 5 à
10 % du tonnage entrant, mais il peut tendre vers zéro si le tri
à la source devient parfait. Il s’agit principalement de produits
non biodégradables : métaux, plastiques, verres et autres
inertes, oubliés dans la masse au moment du tri.
L’inconvénient
du compostage est la destruction d’une partie de la matière organique
qui se traduit par l’émission de CO2 à l’atmosphère.
Il génère toutefois un compost riche en humus et exempt de
composés toxiques, si le tri au niveau du citoyen a été
bien effectué.
Principes, performances
et coût de la méthanisation
(Ce qui suit ne
concerne que les procédés de méthanisation dont le
fonctionnement du réacteur est continu : ceux fonctionnant par «
cuvée » ou par « batch », pratiquement exclus
en matière de traitement des déchets ménagers, ne
sont pas concernés.)
La méthanisation consiste à faire fermenter, à l’abri de l’air, la fraction fermentescible humide des déchets dans un réacteur étanche (appelé également digesteur). On recueille, en haut du réacteur, un bio-gaz riche en méthane (environ 55 à 65 % de méthane et 35 à 45 % de CO2). Ce bio-gaz est généralement consommé dans des moteurs thermiques qui produisent l’énergie électrique nécessaire au procédé, l’excédent d’énergie étant vendu à EDF. L’énergie thermique des moteurs est utilisée pour le chauffage de la charge des réacteurs et pour le chauffage des locaux.
À la sortie du réacteur, on recueille un amendement organique de qualité qu’il conviendra de sécher et d’affiner pour le rendre commercialisable. Généralement, la méthanisation valorise mieux le contenu énergétique des déchets et produit beaucoup moins de gaz à effet de serre que l’incinération : une tonne d’OM incinérée produit environ 980 kg de CO2, une tonne de fermentescible méthanisée produit environ 150 kg de CO2, soit 6,5 fois moins.
Les procédés de méthanisation se caractérisent en fonction du taux de matière sèche de la charge du réacteur. On distingue ainsi les procédés à faible concentration en matière sèche (moins de 20 %), et les procédés à haute teneur en matière sèche (plus de 30 %), ces derniers étant plus économiques en investissement. Le volume de ces réacteurs est plus faible et l’excédent hydrique à traiter après fermentation est plus facile à maîtriser.
Il faut distinguer
également les procédés qui traitent les déchets
collectés en vrac par rapport aux procédés qui ne
traitent que la fraction fermentescible triée initialement par les
particuliers. Toutefois, les premiers procédés sont vivement
déconseillés car la collecte en vrac est à proscrire,
suivant la loi, et la qualité de l’amendement organique produit
est de moins bonne qualité. C’est donc pour mémoire qu’ils
sont évoqués ci-après.
Les premiers sont
dotés d’une unité primaire de tri qui vise à séparer,
plus ou moins bien, la fraction fermentescible du reste des déchets
non organiques. Ces unités primaires mettent en œuvre des cribles
rotatifs équipés de socs ouvreurs de sacs, des tables densimétriques,
des trieurs balistiques, des cyclones, des laveurs en liqueur dense, etc.
Ce tri primaire ne pouvant être parfait, il y a une perte de fermentescible
qui est rejetée avec les refus primaires. Selon les procédés,
la préparation de la charge du réacteur sera plus ou moins
bien réussie et la teneur en refus de l’amendement organique final
sera plus ou moins élevée. Toutefois la méthanisation
sur des déchets collectés en vrac conduirait à une
meilleure maîtrise du fonctionnement du réacteur en ce que
certains éléments, non organiques, amélioreraient
le comportement rhéologique [1] de la charge du réacteur.
Il faut noter que, dans le cas des déchets collectés en vrac,
les papiers et les cartons se retrouvent obligatoirement dans la charge
du réacteur et que ces éléments spongieux favorisent
la maîtrise des procédés à haute teneur en matière
sèche.
A contrario, la qualité
de l’amendement organique obtenu sera moins bonne. Les sels de métaux
lourds, qui se sont constitués lors de la collecte en vrac, se retrouveront
à la sortie du réacteur, dans l’amendement organique. C’est
pourquoi le traitement d’une charge de fementescible collectée séparément
et complétée par l’adjonction des papiers et cartons est
nettement préférable.
Les seconds procédés,
qui traitent directement des déchets fermentescibles initialement
triés, sont dépourvus d’unité de tri primaire ; au
surplus, ils produisent un amendement organique de meilleure qualité.
Il faut préciser
également que le réacteur peut fonctionner en régime
dit « mésophile » (35 à 40° C de température
dans le réacteur), ou en régime dit thermphile (47 à
55° C dans le réacteur). Toutefois la majorité des unités
de méthanisation ont des réacteurs fonctionnant en régime
mésophile, attendu que le réacteur est plus facile à
maîtriser. La réaction de méthanisation est neutre
ou légèrement endothermique, ce qui nécessite de chauffer
la charge du réacteur avant son introduction.
Le temps de séjour
du fermentescible dans le réacteur est compris entre 18 et 26 jours
en régime mésophile, et entre 10 et 15 jours en régime
thermophile, selon les teneurs en matières sèches et volatiles
de la charge traitée.
Selon les caractéristiques des déchets entrants, les rendements en amendement organique et en bio-gaz peuvent varier. Les moyennes se situent entre 27 et 35 % d’amendement et de 100 à 145 Nm3 de bio-gaz par tonne entrant au réacteur, soit environ 550 à 660 kWh par tonne. Le prix de revient approximatif d’une tonne traitée se situe aux environs de 60 Euros.
Les avantages
de la méthanisation peuvent se résumer comme suit :
· ·
Investissement sensiblement de 50 % moindre par rapport à l’incinération
(à capacité égale) ;
· ·
Fonctionnement continu de la fermentation, sans arrêt programmé
annuel pour entretien ;
· ·
L’usine peut rester en surveillance automatique la nuit, sans nécessiter
de personnel de gardiennage, car la réaction de méthanisation
est seule à fonctionner la nuit ;
· ·
Pour les usines traitant des déchets mélangés, l’unité
primaire de tri peut fonctionner en un seul poste de travail ou en deux
postes, selon son dimensionnement ;
· ·
La gestion du personnel d’exploitation est plus aisée.
Collecte et traitement des autres fractions
Les métaux,
verres et plastiques
Un seul conteneur
individuel de collecte peut être affecté à la collecte
de ces éléments. Toutefois on peut aussi les collecter par
apport volontaire, dans les déchetteries ou dans des conteneurs
spécifiques de proximité. Ces éléments n’ayant
pas été souillés par mélange avec le fermentescible,
ils resteront secs et seront facilement recyclables.
Le vrai problème
est de trouver les repreneurs pour les valoriser. L’aluminium et le verre
ne posent aucun problème, les industriels concernés ayant
un intérêt financier évident à les réutiliser.
Une tonne de verre recyclée épargne plus de 150 Euros en
combustible à la verrerie, une tonne d’aluminium recyclé
représente au moins la même économie. Souvent les prix
de reprise de ces produits sont bien inférieurs à l’économie
effective qui en résulte, attendu que les industriels tiennent le
discours suivant : « Quand ces produits arrivent par inadvertance
à l’entrée d’un incinérateur, ils sont facturés
à presque 100 Euros par tonne, alors c’est au moins cette dépense
qui est épargnée pour la collectivité. Il est donc
inutile d’acheter trop cher ces produits ». Aujourd’hui la tonne
de verre est reprise à environ 18 Euros.
En ce qui concerne
les plastiques, il faut convenir que le problème est plus difficile.
En effet, de nombreuses formulations de plastiques existent. Un objet en
plastique peut être réalisé à base de mélanges
plus ou moins complexes de plastiques divers. Souvent des plastifiants
sont ajoutés avec des colorants et des charges minérales,
pour obtenir les caractéristiques requises pour un objet donné.
Il s’ensuit une grande difficulté de réemploi des objets
en plastique, car leurs matières constitutives présentent
des caractéristiques physico-chimiques très variées.
Il est donc malaisé de les récupérer, par simple fusion,
en mélange. Il faudrait recourir à des procédés
complexes de gazéification suivie d’une distillation, sans préjudice
de la libération de composés nocifs pour l’environnement.
Il est important
de savoir que ces différentes formulations des plastiques ont été
élaborées par les plasturgistes pour concevoir des objets
légers et moins onéreux que les mêmes objets réalisés
dans des matières traditionnelles, comme le verre, la porcelaine,
la terre cuite, certains métaux, etc. Sans atteindre ni l’inaltérabilité
de ces matières, ni la résistance mécanique de celles-ci,
les matières plastiques mises en œuvre ont quand même été
choisies pour durer le plus longtemps possible. En particulier, un objet
en plastique, enterré à l’abri de l’air et des rayons ultra-violets,
sera pratiquement éternel.
Il est donc tout
à fait envisageable de conditionner les objets hors d’usage en plastique
sous forme de balles compactées, et de les enfouir dans des centres
de classe 3 pour produits inertes. Cette solution est de loin préférable
à l’incinération, car elle est bien moins onéreuse
et surtout moins dangereuse du point de vue de la pollution.
Les textiles et
encombrants divers
Les encombrants
font l’objet de collectes spécifiques. Il s’agit de meubles et d’appareils
électroménagers hors d’usage qui, normalement, devraient
être repris par leurs fabricants. Actuellement nous sommes en phase
de transition. En particulier, quand il existe un gros incinérateur
sur la zone concernée, les encombrants collectés chez les
particuliers, et même ceux qui ont été repris par les
vendeurs, sont finalement envoyés à l’incinération.
On met en place, sur ces gros incinérateurs, des broyeurs à
encombrants qui permettent de tout faire passer dans les fours. Il faudra
bien un jour que les producteurs soient obligés de faire des produits
entièrement recyclables et de procéder eux-mêmes au
réemploi.
Les textiles modernes
sont synthétiques et peu biodégradables. En conséquence
ils peuvent être mis en balles comme les plastiques et enfouis, comme
ceux-ci, en centre de classe 3. Les textiles naturels, biodégradables,
peuvent aller en méthanisation.
Devenir des refus
des traitements de compostage et de méthanisation
Ces refus, au fur
et à mesure que les citoyens apprendront à trier correctement
leurs fermentescibles, seront de moins en moins importants.
Les plastiques mélangés
(la majorité) seront enfouis dans des centres de classe 3.
Il faudra néanmoins
disposer de centres de stockage de déchets ultimes (CSDU), de faible
capacité, pour les 5 à 10 % de refus des fermentescibles
non valorisés (soit 3,25 à 6 % du total).
Nous sommes loin
des 27 à 33 % de refus de l’incinération sous forme de mâchefers
dont l’enfouissement sous les routes est néfaste pour l’environnement,
sans oublier les REFIOM à enfouir en classe 1 avec tous les risques
que cela comporte pour les générations futures.
Conclusion
C’est la collecte
en vrac qui rend les déchets ménagers polluants.
Si l’on prend soin
de collecter en premier la fraction fermentescible (y compris les papiers
et cartons, et les textiles naturels) pour la traiter en compostage ou
en méthanisation, on résout plus de 60 % du problème
et l’amendement organique produit sera d’excellente qualité, pour
une atteinte minimum à l’environnement. Il faut être réaliste
et ne recycler que les produits qui présentent un intérêt
économique certain, se traduisant par une baisse réelle du
coût global de la collecte et du traitement des déchets pour
les citoyens.
|
- Si on prend soin de collecter en premier la fraction fermentescible (y compris les papiers et cartons), pour la traiter en compostage ou méthanisation, on résout plus de 60 % du problème. |
Le prix de revient, qui en résulte pour le citoyen, reste minimum (on peut au moins diviser par trois la charge contributive du citoyen !), et les déchets ultimes à stocker en CSDU restent également très limités.
On peut vraiment éviter l’incinération avec toutes les incertitudes qu’elle présente en matière de pollution, d’atteinte à la santé publique et également à l’augmentation irréversible de son prix de revient liée à l’aggravation perpétuelle de la réglementation y afférente !
RETOUR
.
2006
- GEBJ 38
"DIOXINE
ALERT" est une rubrique aux textes libres de droits, à diffuser
partout au grand public, et hébergée dans www.randophoto.com